Excellente tribune de Cécile Duflot et Pierre Larrouturou dans Médiapart

Qui aide bien à comprendre en quoi une profonde transformation de notre mode, et de notre mode de pensée est indispensable pour sortir de la crise écologique, sociale, et économique

Sortir du chômage de masse
04 Mars 2010 Par Les invités de Mediapart
Avec plus de 5 millions d’hommes et de femmes en manque de travail, c’est toute la politique en la matière qui est à revoir, estiment Cécile Duflot et Pierre Larrouturou, qui portent les couleurs d’Europe Ecologie en Ile-de-France.

900.000 chômeurs supplémentaires. Depuis que Nicolas Sarkozy a prononcé en septembre 2008 le fameux «discours de Toulon» dans lequel il prétendait définir une stratégie pour faire face à la crise, le nombre total de chômeurs a augmenté de 900.000. C’est du jamais vu depuis la deuxième guerre mondiale ! Le total des 5 catégories de Pôle Emploi dépasse 4.400.000 de personnes en France métropolitaine. Il y a 270.000 chômeurs dans les DOM-TOM, 324.000 «dispensés de recherche d’emploi» et des milliers de jeunes sont en situation de galère mais n’apparaissent dans aucune statistique.

«J’ai tenu mes promesses. La France s’en sort mieux que les autres !» affirme régulièrement le Président de la République. Avec plus de 5 millions d’hommes et de femmes touchés par le chômage, on a vraiment du mal à comprendre d’où vient cette auto-satisfaction : la situation sociale de notre pays est catastrophique et la comparaison avec nos voisins est déprimante.

En Allemagne, par exemple, le chômage a nettement moins augmenté qu’en France. Pourtant, étant très dépendante des exportations, l’Allemagne a subi une récession plus forte que la France : son PIB a chuté de 5 % en un an (contre 2,3 % en France) mais, dans le même temps, le chômage augmentait seulement de 227.000. Monsieur Sarkozy, outre-Rhin, la récession est deux fois plus grave mais le chômage augmente trois fois moins vite !

Quel est le secret du «miracle allemand» ? Le Kurz-arbeit, le travail à temps réduit : quand les carnets de commande perdent 20 %, plutôt que de supprimer 20 % des effectifs, on baisse le temps de travail de 20 % pour conserver le maximum de salariés. En Allemagne, la durée moyenne du travail de ceux qui ont un emploi est aujourd’hui de 27,1 heures par semaine. Vous avez bien lu : en Allemagne, la durée moyenne du travail de ceux qui ont un emploi est aujourd’hui de 27,1 heures. Quand Sarkozy multipliait les discours creux et consacrait 14 milliards à un paquet fiscal qui ne sert qu’aux très-très-riches, Angela Merkel agissait avec pragmatisme et mettait 5 milliards sur la table pour maintenir le revenu des salariés en Kurz-arbeit.

Certes, Angela Merkel n’est pas notre modèle politique mais elle a fait preuve de réalisme alors que, prisonnier de son idéologie du «travailler plus», Nicolas Sarkozy a laissé des centaines de milliers de salarié(e)s tomber au chômage. Il n’y a qu’en France qu’on incite les gens à faire des heures sup. quand le chômage flambe ! Les chiffres sont très clairs hélas : si nous avions agi comme les Allemands, nous aurions pu stopper l’hémorragie. La France pourrait compter 600.000 ou 700.000 chômeurs de moins. Le dogmatisme de Nicolas Sarkozy a des conséquences dramatiques.

Sécuriser les chômeurs
Mais stopper l’hémorragie ne suffit pas. Quand on annonce qu’un million de chômeurs vont tomber en «fin de droits», il est urgent de lutter contre la paupérisation des salariés au chômage. En 2007, pendant la campagne présidentielle, François Fillon affirmait vouloir construire en France un système de flexisécurité «comme dans les pays nordiques». «C’est une question de vie ou de mort pour la société française», affirmait-il.

Au Danemark, un salarié qui perd son emploi peut garder 90 % de son salaire pendant 4 ans. Du moment qu’il cherche effectivement un emploi ou qu’il suit une formation, le salarié au chômage garde 90 % de son salaire. Il a les moyens de vivre décemment et n’est pas obligé d’accepter des petits boulots comme c’est trop souvent le cas en France où le montant de l’allocation chômage est bien plus faible et sa durée trop courte.

Arrivant à l’Elysée, Nicolas Sarkozy avait demandé aux partenaires sociaux de négocier sur ce sujet. Une «date couperet» était fixée au 31 décembre 2007. Deux ans plus tard, rien de concret n’a été fait pour renforcer la sécurité financière des millions de personnes touchées par le chômage. Le bouclier fiscal des plus riches a été voté très vite mais on n’a rien fait pour protéger ceux qui en ont le plus besoin. Aider les plus riches ou protéger les plus précaires ? Sarkozy a choisi.

Créer massivement des emplois
Stopper l’hémorragie et protéger les chômeurs et précaires sont deux urgences absolues. Mais il faut aussi créer massivement des emplois. Le logement est l’un des secteurs où les créations d’emplois sont les plus nécessaires : plus de 3 millions de Français souffrent d’un grave problème de logement et nous sommes des millions à être correctement logés mais avec des loyers trop élevés. Nul ne conteste la gravité de la crise du logement. Comment le gouvernement répond-il à cette crise ? En baissant le budget du logement. L’an dernier le nombre de mise en chantier de logements collectifs a baissé de 27 % et le secteur a licencié 50.000 personnes. C’est un non-sens total !

Pour rendre effectif le droit au logement, pour faire baisser les loyers et pour que le secteur du logement crée massivement des emplois, il faut engager un effort considérable en faveur de la construction et de la réhabilitation de logements. Comment financer cet effort ? On devrait évidemment annuler le bouclier fiscal et la TVA à 5,5 % dans la restauration. On peut aussi utiliser le Fonds de Réserve des Retraites : aux Pays-Bas, une grande partie du Fonds de réserve des retraites (FRR) a été investie non pas sur les marchés financiers mais dans la construction de logements.

En France, le FRR gère 32 milliards d’euros. En novembre 2009 encore, malgré la crise, le FRR a confié la gestion de 4 milliards à Barclays, BNP Paribas et Natixis… Quand on connaît l’instabilité des marchés financiers, est-il raisonnable de confier notre épargne collective à des banques qui ont déjà prouvé leur aveuglement ? Investir massivement dans le logement serait un choix plus sérieux et avec 200.000 nouveaux emplois à la clef.

De même, si l’on a compris la gravité de la crise climatique et la gravité de la crise énergétique, il faut investir massivement dans les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables. Il y a deux ans, Nicolas Sarkozy avait applaudi Nicholas Stern qui conseillait d’investir chaque année 1 % du PIB dans les économies d’énergie. Hélas, au-delà des beaux discours, Nicolas Sarkozy n’a rien fait pour dégager les budgets que demandait Stern. Si elle se donnait les moyens de vraiment diviser par 4 sa production de gaz à effet de serre, la France pourrait créer 300.000 emplois.

Le chômage et la précarité sont au cœur de la crise dans laquelle s’enfonce notre pays : que l’on parle du dossier des retraites, de l’«intégration des jeunes de banlieue» ou de la défiance de plus en plus grande des citoyens vis-à-vis des politiques, on en revient toujours au lancinant problème du chômage. Voilà pourquoi, dès le mois d’avril, Europe Ecologie veut organiser dans chaque région des Etats généraux de l’emploi. En dialoguant avec tous les acteurs concernés, en investissant massivement dans le logement, en investissant dans les transports en commun, en investissant dans les économies d’énergie, en développant sur tous nos territoires des réseaux de PME et des entreprises de l’économie solidaire, en favorisant une agriculture moins polluante (et plus riche en emplois), en développant les circuits courts économes en énergie mais riches en emplois non-délocalisables, en engageant vraiment la transformation écologique de nos économies, nous pouvons créer des centaines de milliers d’emplois.

Certains voudraient nous faire croire qu’entre la crise écologique et la crise sociale, il faut choisir. C’est impossible car les deux crises sont aussi graves. Et il est tout à fait possible de répondre en même temps à la crise écologique et à la crise sociale. Dans ces deux domaines, des choses intéressantes ont été faites depuis six ans dans les régions socialistes mais tout n’a pas été essayé. Il est urgent d’aller plus loin, plus vite. Il est vital d’agir avec des outils et des méthodes nouvelles. Tel est notre objectif.

Cécile Duflot, tête de liste Europe Ecologie en Ile-de-France et secrétaire nationale des Verts.
Pierre Larrouturou, tête de liste Europe Ecologie dans les Hauts-de-Seine.

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